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Colloque international "Que faire aujourd’hui du patrimoine dissonant ?"

Publié le 3 novembre 2026

Ce colloque international est organisé par Stéphane Michonneau, enseignant-chercheur de la Faculté des Lettres, Langues et Sciences Humaines à l'Université Paris Est-Créteil et membre du laboratoire CRHEC, et Alexandre Dupont, maître de conférences HDR en Histoire contemporaine.

Date(s)

du 5 novembre 2026 au 6 novembre 2026

Lieu(x)
Maison Interdisciplinaire des Sciences de l’Homme Alsace
Salle de la table ronde
5, allée du Général Rouvillois (Campus Esplanade, Strasbourg)

Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg
Auditorium
6, place de la République (Strasbourg)

En visioconférence en cliquant ici.
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Présentation

Les lieux, monuments, traces et vestiges de régimes politiques à l’origine d’épisodes et d’expériences dramatiques, ou qui rappellent aujourd’hui – et glorifiaient autrefois – des valeurs politiques ou des idéologies ayant causé des traumatismes et des souffrances, sont devenus des objets d’étude majeurs de l’historiographie et des études sur le patrimoine. La recherche internationale désigne l’ensemble de ces éléments par l’expression de dissonant heritage, que l’on peut traduire en français par « patrimoine dissonant ». Dans les années 1990, Turnbridge et Ashworth ont introduit ce concept pour analyser la manière dont différents groupes ou acteurs attribuent des significations distinctes et parfois contradictoires au patrimoine . Selon eux, une grande partie du patrimoine pouvait être considérée comme dissonant. Cette expression est liée à d’autres notions telles que les « passés difficiles », « douloureux », « sales », comme l’a récemment qualifié José Álvarez Junco pour décrire une partie de l’histoire de l’Espagne lorsqu’il évoque la manière dont nous percevons la guerre civile et le franquisme.

D'un point de vue historique, le terme de « patrimoine dissonant » englobe de nombreuses traces de la guerre et de la tyrannie au XXe siècle, tels que les lieux de déportation ou d’internement, de massacres collectifs, de persécution et de résistance, de destruction, etc. Il comprend également les monuments des dictatures ou encore ceux qui commémorent et revendiquent un passé colonial. On peut aussi s’interroger sur la possibilité d’étendre la notion à des époques antérieures. Sur le plan géographique, ce terme général englobe les pays post-socialistes d’Europe, ceux qui ont été gouvernés par des dictatures de type fasciste ou collaborationnistes ainsi que les régions dont le passé et le patrimoine ont été façonnés, ou du moins marqués, par des pratiques ayant bafoué les droits humains au cours du siècle dernier.

Dans une perspective plus large, cette approche inclut également les initiatives visant à identifier et à resignifier les valeurs du patrimoine dissonant en l’intégrant au développement urbain et régional ainsi qu’au tourisme durable, en reliant ces différents sites patrimoniaux en réseaux ou bien en ouvrant la voie à des approches intégrées pour leur conservation. Il en est ainsi des 132 lieux de la Première Guerre mondiale en France et en Belgique retenus par l’UNESCO comme « patrimoine de l’Humanité ».

Ce patrimoine, difficile à expliquer et à assimiler, l’était déjà au moment de sa construction, mais il est surtout devenu progressivement dissonant lorsque de nouvelles générations ont posé des questions à son sujet, lorsque des débats ont surgi sur ce qu’il fallait faire de ces vestiges, lorsque des mesures politiques ont dû être adoptées pour éviter qu’ils ne soient utilisés comme lieux de revendication des dictatures, par exemple. En Europe et dans le monde entier, nous disposons d’exemples qui illustrent concrètement la véritable signification de ce sentiment de malaise lié à ce patrimoine. Nous disposons également d’exemples très inspirants pour le gérer, l’expliquer et l’interpréter.

En rassemblant des chercheurs, des architectes, des responsables de lieux patrimoniaux ou de musées et des créateurs, ce colloque se propose de faire dialoguer les espaces, les temporalités et les approches problématiques à partir de quelques questions communes :
  • Comment penser l’historicité du patrimoine dissonant ? Ne concerne-t-il que des expériences du XXe siècle ou englobe-t-il des expériences antérieures ? À quel moment un élément patrimonial devient-il dissonant et quelles sont les conditions d’une telle transmutation ?
  • Comment la dissonance est-elle prise en compte et quelles sont les solutions qui sont proposées pour la réduire – ou non ? Quels acteurs sont impliqués dans cette mise en discussion du patrimoine, par-delà les seules autorités étatiques ? Le patrimoine fait-il l’objet d’appropriations militantes, de formes de politisation ?
  • Comment le traitement du patrimoine dissonant se matérialise-t-il concrètement sur le terrain ? Quels dispositifs architecturaux, pédagogiques, mémoriels sont-ils mis en place pour signaler la dissonance, la réduire, la résoudre, la masquer ? Quelle est la place de la réception de cette prise en charge par les usagers de l’espace public ?
  • En quoi la prise en charge de ce patrimoine dissonant par des acteurs multiples reconfigure-t-elle en retour la façon dont les historiennes et les historiens abordent et comprennent leurs objets de recherche ? Quels sont les dispositifs de médiation et de diffusion de la connaissance qui prennent en charge ces questionnements mémoriels, patrimoniaux et politiques ?

Programme

5 novembre 2026
Maison Interdisciplinaire des Sciences de l’Homme Alsace
Salle de la table ronde
5, allée du Général Rouvillois (Campus Esplanade, Strasbourg)

 
  • 14h Introduction (Alexandre Dupont et Stéphane Michonneau)
  • Session 1 : Le patrimoine dissonant, un héritage du XXe siècle ?
    Modération : Stéphane Michonneau
    • 14h15 Domitille Mignot-Floure (chercheuse indépendante) : « Résonnances mémorielles, politiques et territoriales d'une découverte archéologique inédite : les ossements dissonants de la bataille et du massacre du Mans des 12 et 13 décembre 1793 ».
    • 14h50 Hervé Siou (Université de Pau et des Pays de l’Adour) : « “Que faire du patrimoine dissonant ?” : une question ancienne. Réflexions à partir du cas du panthéon de Mallona de Bilbao (1837-1937) ».
    • 15h25 Alexandre Dupont (Université de Strasbourg) : « Une dissonance en mode mineur. Le patrimoine royaliste dans l’Europe du XXIe siècle ».
  • 16h – Pause
  • Session 2 : (In)visibilité du patrimoine dissonant
    Modération : Alexandre Dupont
    • 16h30 Patrizia Dogliani (Università di Bologna), « Le patrimoine dissonant en Italie. Un cas emblématique : Predappio, village natal de Mussolini ».
    • 17h05 Julie Boustingorry (Pôle métropolitain Pays de Béarn) : « Le projet du Mémorial du camp de Gurs : entre mobilisation des acteurs de la mémoire et archéologie de l’absence ».
    • 17h40 Fin des travaux
6 novembre 2026

Maison Interdisciplinaire des Sciences de l’Homme Alsace
Salle de la table ronde
5, allée du Général Rouvillois (Campus Esplanade, Strasbourg)

  • Session 3 : Patrimoine dissonant et enjeux mémoriels
    Modération : Stéphane Michonneau
    • 8h30 Michaël Landolt (Mémorial du camp de concentration de Natzweiler-Struthof) / Juliette Brangé (U. de Strasbourg/ Archéologie Alsace) : « À l'heure où les derniers témoins se taisent : de la recherche archéologique à la transmission aux publics, penser l'histoire du camp de concentration de Natzweiler ».
    • 9h05 Babeth Robert (Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane) : « Quelle médiation un centre d’interprétation peut-il mettre en place sur un patrimoine dissonant ? »
    • 9h40 Nicolas Laugel (Université de Strasbourg), « L’invisible héritage urbain européen de la Shoah et des persécutions nationales-socialistes : les Stolpersteine et le patrimoine dissonant au quotidien ».
  • 10h15 Pause
  • Session 4 : La Reichsuniversität de Strasbourg et l’exhumation d’un patrimoine dissonant
    Modération : Alexandre Dupont
    • 10h30 Loïc Lutz (Université de Strasbourg) : « Topographie strasbourgeoise de la Reichsuniversität Strassburg ».
    • 11h05 Christian Bonah (Université de Strasbourg), « "Les murs sont innocents". Le long et imparfait chemin de reconnaissance du passé représenté par l'Institut d'Anatomie de la Faculté de médecine de Strasbourg ».
    • 11h40 Alexandre Sumpf (Université de Strasbourg) : « Repeindre le Palais universitaire aux couleurs de la Résistance, effacer les traces du nazisme ? »


Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg
Auditorium
6, place de la République (Strasbourg)

 

  • Session 5 : Histoire, archéologie, architecture : traumatismes du passé et resignifications contemporaines
    Introduction et modération : Stéphane Michonneau
  • QUE SIGNIFIE RESIGNIFIER ?
    Concours de projets pour le mémorial de Cuelgamuros Espagne - 2025. Récit d’expérience.
    Par mICHELE&mIQUEL, Michèle ORLIAC et Miquel BATLLE architectes et paysagistes.
  • INTERPRETER LE PATRIMOINE DE L'INJUSTICE
    Archéologie de la « Résidence d'accueil d'Ankang », centre d'interrogatoire et de détention secret sous la loi martiale à Taiwan (1974-1987)
    Par Jérôme Lanche.
  • 17h30 Fin des travaux
 

Organisation

  • Stéphane Michonneau, professeur en Histoire contemporaine à la faculté LLSH de l'UPEC et membre du laboratoire CRHEC.
  • Alexandre Dupont, maître de conférences HDR en Histoire contemporaine à l'Université de Strasbourg et membre du laboratoire ARCHE.