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Journée d'étude des doctorants du CRHEC "La crise : (sur)vivre, (re)construire, (ré)utiliser"

Publié le 29 mai 2026

Cette journée d'étude organisée par des doctorants du CRHEC invitera à s'interroger sur la crise : ses formes, ses temporalités et la manière dont les sociétés la traversent.

Journée d'étude des doctorants du CRHEC
Journée d'étude des doctorants du CRHEC "La crise : (sur)vivre, (re)construire, (ré)utiliser"
Date(s)

le 12 juin 2026

Lieu(x)
UNIVERSITÉ PARIS-EST CRÉTEIL
Campus Centre - Bâtiment i, Salle i3-106
61, Avenue du Général de Gaulle - 94000 Créteil

Présentation

« La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » (A. Gramsci, Cahiers de prison, 1929–1935, Gallimard, 1996). 

Par cette formule, Antonio Gramsci définit la crise comme un temps suspendu, un entre-deux instable où les repères hérités vacillent sans qu’un ordre nouveau ne parvienne encore à s’imposer. Actuellement, les lignes de fracture s’approfondissent, notamment en Ukraine, en Palestine, et les incertitudes qui secouent les démocraties occidentales, notamment aux États-Unis, donnent le sentiment que notre monde traverse une « tempête parfaite » (Guterres, 2023), et questionnent donc la notion de crise. Les recherches du CRHEC couvrent une durée longue, de l’Antiquité à nos jours, et s’inscrivent dans une démarche comparée, le choix de ce thème répond ainsi à une approche critique. En effet, espace de tensions, d’incertitudes et de recompositions, où coexistent effondrement et gestation, désagrégation et possibles, la crise révèle la fragilité des structures établies tout en ouvrant, paradoxalement, la voie à leur transformation. Elle constitue ainsi une notion à la fois riche et centrale dans de nombreuses disciplines des sciences humaines (Koselleck, 1979), et tout particulièrement en histoire (Le Roy Ladurie, 1976). Qu’il soit économique, sanitaire, social, politique ou identitaire, ce concept semble constituer l’horizon indépassable des sociétés contemporaines, au point de nourrir le « sentiment de vivre une crise sans fin » (Revault d’Allones, 2012). Il apparaît dès lors essentiel d’en proposer une réflexion historicisée ; les propositions de communication consacrées à la notion de crise pourront ainsi s’inscrire dans une démarche comparée et porter sur l’ensemble des périodes historiques, afin d’en interroger les usages, les formes, les dynamiques et les significations dans la longue durée. 

Le terme krisis, issu des vocabulaires médical et juridique de la Grèce antique, désigne à l’origine le jugement et la décision : il renvoie à ce moment critique où l’issue de la maladie se joue entre la vie et la mort. La crise est ainsi d’abord à penser comme un instant d’entre-deux, un point de bascule, une « étape charnière, moment paroxystique » (Ordioni, 2012). Si elle peut marquer une rupture décisive, un seuil franchi, elle n’est pas réductible uniquement à un moment ponctuel car elle est également transition vers un état différent, s’inscrivant alors dans une certaine durée. Il s’agira donc de questionner les temporalités de la crise : s’agit-il d’un événement bref et intense ou d’un processus plus long, dont les effets se déploient progressivement ? Évoquer la crise en histoire (Deniaux, 2020 ; Starn, 1976) soulève des enjeux de méthode, puisque sa pertinence analytique peut être interrogée. Alexis Wilkin (2019) démontre, pour la période médiévale, le caractère conceptuel et parfois peu précis du terme, idéologiquement chargé aussi bien pour les acteurs qui l’utilisent que pour les médiévistes faisant le choix de l’utiliser. Ces tensions, que la définition du terme crise suppose, témoignent de multiples enjeux attachés à la notion : la crise est à la fois un moteur explicatif et un enjeu heuristique qui invite à questionner ses conditions d’apparition, ses modes de reconnaissance, ses temporalités et ses effets sociaux. Ainsi, une fois le contexte de crise établi, la journée d’étude vise à se demander comment celle-ci est vécue ou survécue ; 
puis traversée, surmontée et dépassée ; enfin perçue, représentée, racontée et remaniée.
 

Programme

  • 10h00 - Introduction
  • Axe 1 - (Sur)vivre en temps de crise
    10h15  Camille Rocher - Vivre la crise en exil : loyautés et recompositions jacobites après 1715 - suivi de discussions
  • 10h55 - Pause café
  • Axe 2 - (Se) reconstruire après la crise ?
    11h10 - Baptiste Camus - Les conseils de gestion français et italiens à la Libération : moment de crise pour l’autorité patronale ?
    11h35 - Julie Discher - Recomposer le corps civique en temps de crise militaire et sociale dans le monde grec à l’époque hellénistique : un réaménagement de l’idéologie civique ? - suivi de discussions
  • 12h15 - Repas
  • Axe 3 - Représenter, (ré)utiliser et (ré)interpréter la crise
    14h00 - Anastasiia Novikova - Dire la crise à l’Europe orientale : la construction d’un espace en crise dans l’imaginaire francophone du XVIIe siècle
    14h25 - Alice Selenati - « Crise de nerfs » et « crise de jalousie ». La violence des femmes « jalouses » au XIXe siècle, révélatrice d’une crise sociale ?
    14h50 - Etienne Kogan - L’Espagne en crise existentielle ? L’ « angoisse eschatologique » d’une menace communiste comme ressort de la mobilisation en faveur de la rébellion du 17 juillet 1936 - suivi de discussions
  • 15h30 - Conclusions

Organisation

  • Alice Selenati
  • Louise Pichot
  • Antoine Dabé
  • Thomas Paire
  • Anastasia Novikova
  • Marianne Gourdon